« Selon le CNEF, au Cameroun, 68,1 % des clients ignorent quels services bancaires gratuits leur sont dus »
À Yaoundé, la cérémonie officielle de présentation des premières fiches pédagogiques sur les tarifs et services financiers du Comité National Économique et Financier (CNEF) s’est tenue le 12 mars 2026 au Conseil économique et social. Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze y a été représenté par son collègue des Petites et moyennes entreprises, de l’économie sociale et de l’artisanat, Achille Bassilekin III, qui a lancé la diffusion de ces supports conçus pour améliorer la compréhension des produits bancaires par les Camerounais. Cet événement a réuni des membres du gouvernement, des représentants diplomatiques, des partenaires techniques et financiers ainsi que des acteurs du secteur bancaire, de la microfinance et des assurances.
Cette initiative illustre l’ambition portée par la Stratégie Nationale de Développement 2030 (SND30), qui souhaite faire du Cameroun une place financière plus performante, capable d’accompagner l’industrialisation et la transformation structurelle de son économie. Une condition essentielle passe par l’élargissement de l’accès aux services bancaires et financiers, avec pour objectif d’augmenter tant la quantité que la qualité de l’offre disponible.
La place centrale accordée à l’éducation financière dans la Stratégie Nationale de la Finance Inclusive traduit la volonté d’aider les consommateurs à mieux appréhender des offres souvent complexes et de les protéger. Comme l’a rappelé le représentant du ministre des Finances, « l’éducation financière est un pilier majeur pour permettre aux individus et aux ménages d’être stables financièrement, capables de faire des choix en connaissance de cause et donc de réduire leur vulnérabilité ».
Sur le plan régional, la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) soutient cette direction, s’appuyant notamment sur la Stratégie Régionale de l’Inclusion Financière (SRIF) afin d’accroître le niveau d’éducation financière dans l’ensemble des pays de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC).
Les enjeux sont réels : selon le rapport du CNEF sur les pratiques bancaires en 2022, 68,1 % des clients ignorent quels services bancaires gratuits leur sont dus, 15 % ne comparent aucune offre avant de choisir un produit financier, et 60,5 % ouvrent un compte d’épargne sans comprendre le calcul des intérêts. La majorité des consommateurs ne maîtrisent ni ces calculs ni la réglementation en vigueur. Cette situation est aggravée par le non-respect fréquent par les établissements de leurs obligations d’information. Ces facteurs contribuent à creuser l’asymétrie d’information entre prestataires et clients.
Pour pallier ces lacunes, le gouvernement a lancé plusieurs actions ces dernières années, notamment la Journée de l’épargne et la Caravane de l’Inclusion Financière et de la Protection des Consommateurs, organisées en 2025 avec la collaboration des associations professionnelles et des partenaires. Ces initiatives visent à permettre à chaque Camerounais, dès l’enfance, d’acquérir les bases nécessaires pour gérer son argent et ses risques financiers de façon efficace.
Le CNEF s’est ainsi engagé à produire des outils pédagogiques adaptés. Les premières fiches portent sur trois thèmes : l’épargne sur livret, la tarification des incidents de paiement par chèques et les obligations d’information des établissements financiers. Ces supports ont pour objectif de réduire les écarts d’information, d’expliquer les règles du secteur bancaire et de renforcer la confiance entre clients et institutions financières. De nouvelles fiches seront développées en 2026 et au-delà, pour couvrir d’autres aspects identifiés comme prioritaires.
La diffusion de ces documents se fera largement, en collaboration avec les établissements de crédit, les institutions de microfinance, les compagnies d’assurances, les ministères de l’éducation, les associations de consommateurs, les ONG et les bailleurs internationaux. Parallèlement, des efforts visant à intégrer ces notions dans les programmes scolaires et universitaires visent à sensibiliser les jeunes dès le plus jeune âge.
